Envoyer son bilan

F.A.Q.

Quelles informations envoyer ?

Un exemple vaut mieux que milles mots, commençons par là. Vous trouverez les explications juste en dessous.

Exemple de bilan

Date d'intervention : 16/03/2019
Ville d'intervention : Paris
Nom de l'équipe : Red Medic Montreuil
Nombre de médics dans l'équipe ce jour : 6
Notes supplémentaires sur l'équipe : 5 médics de RMM + 1 indé
Nombre de décontaminations rapides : environ 220
Notes sur la journée : Vers 13h à République en rentrant dans la manifestation, un secouriste de l'équipe s'est fait saisir son masque FFP3. Les policiers ont refusé de remettre un PV de saisi.
(Paragraphe inutile si bilan envoyé par formulaire)

Format : Victime X - Lieu - Heure
Sexe - Âge - Rôle
Blessure/Symptomes (aspect + localisation + douleurs/plaintes/signes/symptomes…)
Cause (+ contexte)
Extraction/Évacuation
Autres infos
[Photo]

Victime 1 - Trocadéro - 13h
Femme - 36 ans - Passante
Plusieurs hématomes à l'omoplate gauche, forte douleur épaule et bras gauche, suspicion de fracture clavicule gauche.
Coups de matraque
Évacuation vers les urgences (pompiers)
Prise en charge avec l'équipe "SM Toulouse"
[Photo 1]

Victime 2 - Concorde - 15h30
Homme - la vingtaine - Médic
- Plaie 5 cm tibia droit.
  Coup de matraque
- Multiples impacts sur les deux jambes.
  Éclats de grenade de désencerclement
Laissé sur place
[Photo 2]

Victime 3 - Boulevard de Charonne - 16h25
Femme - environ 25 ans - Journaliste
Vomissements, suffocations, perte de connaissance (~4mn).
Gaz lacrymogène
Extraction vers les urgences (par ses amis)
(...)

Que doit contenir mon bilan ?

Afin de garantir de garantir la fiabilité du bilan et de faciliter son traitement par l’Observatoire, il est important de transmettre un bilan clair, complet et précis. Il est demandé de recueillir et transmettre les informations suivantes :

  1. Votre équipe
    • Nom de votre équipe
      (utilisez un nom unique et représentatif, éviter donc Street Médic Ville s’il existe déjà une équipe au nom similaire. À défault, équipe "Prénom + Ville".
    • Nombre de médics dans l’équipe ce jour
      (permet d’évaluer la représentativité des données).
    • Notes sur l’équipe
      Nouvelle équipe ? Fusion de plusieurs équipes ? Avez-vous tourné avec d’autres équieps (permet d’éviter les doublons) ? Avez-vous déjà envoyé un bilan à l’Observatoire sous un autre nom ?

  2. Votre journée d’intervention
  3. Vos victimes examinées et prises en charge
    En précisant pour chaque victime (quelles victimes ?) :
    • LieuHeure
      Lieu approximatif, rue, quartier, bâtiment connu proche… (ex Place de la République).
      Heure exacte ou approximative, (ex ~15h).
    • Victime
      Sexe, âge (exact ou apparent), rôle (passant, journaliste, street-médic, touriste…), fragilités particulières…
    • Blessures / Symptomes
      Que voyez-vous ? De quoi la vicitme se plaint ?
      Description précise et complète de l’aspect et localisation de la blessure, des douleurs/plaintes/signes/symptômes de la victime, de leur évolution…
      À defaut, Sans blessure visible mais...
    • Cause
      Arme, situation ou contexte ayant entraîné la blessure/symptome, de manière directe ou indirecte, à préciser pour chaque blessure/symptome.
      À défaut, Cause inconnue mais...
    • Suites / Évacuation
      Moyen d’extraction ou d’évacuation: Laissé sur place, Mise à l'abris, Extraction de la manifestation, Extraction vers les urgences (moyens propres), Évacuation vers les urgences (ambulance/pompiers/SAMU), Relais aux pompiers locaux sans évacuation
      Sinon, la victime a-t-elle réfusé l’examen/les soins/l’évacuation ? Qu’avez-vous recommandé ?
    • Notes
      Autres équipes intervenues (permet d’éviter les doublons), problèmes ou répression durant la prise en charge, photos anonymisées

Votre bilan est un témoignage. Il décrit les évenement dont vous avez été témoins, les victimes que vous (ou votre équipe) avez examiné. Ne transmettez pas d’informations de “seconde main”.

Si vous manquez d’informations ou en cas d’imprécision ou d’incertitude, transmettez-nous simplement ce que vous savez, en le précisant.

Ne sont pas demandés et ne doivent pas être transmis les soins réalisés et les informations d’identité de la victime.

Sous quel format ?

Suivez l’exemple, si vous envoyez votre bilan par email ou par formulaire sous forme de texte. Sinon, si vous envoyez votre bilan par formulaire sous forme de tableau Excel, vous n’avez qu’à télécharger, compléter et envoyer le fichier Excel.

Faut-il être exhaustif ?

Oui. Précédemment, nous demandions à transmettre une description courte et synthétique des victimes prises en charge afin d’en faciliter le traitement. Désormais, nous vous encourageons à être exhaustif dans votre description (en veillant à toujours utiliser le format attendu et à ne transmettre que les informations demandées).

Faut-il anonymiser ?

Oui. Au delà des informations demandées, nous vous encourageons à limiter ou rendre approximatif les informations personelles ou anexes à l’intervention qui pourrait permettre d’identifier la victime. Ne transmettez donc ni prénom, nom, ou photo non-floutée.

Autres notes, problèmes et répression

Oui. Nous vous invitons à nous partager les problèmes ou les évènements particuliers que vous avez pu rencontrer sur le terrain. Par exemple :

  • Confiscations ou vols (pas procès verbal) de matériel de protection ou de soin.
  • Entraves au secours ou au soin (empêche l’accès à la victime, interrompent les soins…).
  • Menaces, humiliations ou violences à l’encontre des secouristes.
  • Contrôles abusifs ou arrestations de secouristes.

Nous vous invitons à nous préciser, comme pour les victimes, l’heure et le lieu des événements, ainsi que tous les documents et informations permettant d’étayer ces faits et de les inscrire dans des travaux d’enquête et de journalisme: images, vidéos, matricule ou numéro de brigade des forces de l’ordre impliquées…

Nous vous invitons également à partager ces informations avec les contacts habituels les mieux à même à vous aider sur le plan juridique ou médiatique: la Coordination Anti-Répression, le Collectif Désarmons-les le journaliste David Dufrenes (et des journalistes de Médiapart, de CheckNews, du Monde, etc..).

Quelles victimes rapporter ?

Les victimes directes et indirectes d’une action de maintien de l’ordre examinée ou prises en charge par votre équipe. Une intervention sur un passant pris dans les gaz lacrymogènes lors d’une sauvage et qui fait un malaise sera remontée. Une intervention sur un passant victime d’un malaise, rencontré par hasard alors que vous tentez de rejoindre le cortège, loin de toute agitation, ne sera pas remontée.

Victimes du gaz/gel lacrymogène

Oui, en séparant décontaminations rapides et complexes, toutes armes lacrymogènes confondues (nuage de gaz, gazeuse, geleuze…).

  • Compter les décontaminations rapides
    Décontaminations “à la va-vite”, en quelques secondes, de personnes ne présentant pas de symptomes alarmants. Elles doivent être simplement comptées sans plus de détail.
  • Rapporter les décontaminations complexes
    Décontaminations longues (plusieurs minutes) ; de victimes présentant des signes et symptomes alarmants (crise de panique prolongée, asphyxie, vomissements, perte de connaissance) ou de victimes particulièrement vulnérables (enfants, personnes âgées ou souffrant de maladies respiratoires chroniques).
    Elles doivent être rapportées individuellement dans la liste des victimes avec tous les détails (heure, lieu, age, symptômes…).

Parmi nos trop nombreuses interventions, les victimes des gaz lacrymo représentent une grande partie des personnes à qui nous portons assistance. Combien de sérums physiologiques distribués à la volée, de pulvérisations de maalox quand les gens sortent par dizaines d’un brouillard de gaz, suffoquant et les yeux en larmes ? Il nous paraît difficile d’avoir davantage qu’une estimation, ceci dit elle reste importante. Ces victimes ne doivent jamais passer au second plan. Il nous paraît important de nous rappeler de les inclure dans nos bilans, d’autant plus si aucun autre type intervention n’est à notifier.

Victimes non pris en charge

Oui, en le précisant (Refus de soin, Soin interrompu par..., etc…). Votre bilan est un témoignage. Vous pouvez rapporter toute victime dont vous êtes témoins, y compris une victime qui a refusé une prise en charge, qui n’a pas pu être prise en charge pour des raisons exterieures, qui a été prise en charge par une autre équipe, ou qui a refusé une évacuation, du moment que vous le précisez.

Victimes sans blessure visible

Oui, en le précisant (Sans blessure visible, mais ...). Un traumatisme n’est pas toujours visible et cutané, et la victime peut être affactée d’autres manières. Transmettez dans tous les cas les autres affections de la victimes, tel que :

  • Douleurs et plaintes (gènes, irritation, engourdissement, difficulté à respirer, douleur constante, douleur au mouvement, etc…)
  • Signes et symptomes (vertiges, nausées, somnolence, etc…)
  • Affections psychologiques (état de choc, panique, crise, etc…)

Victimes à la cause inconnue

Oui, en le précisant (Cause inconnue, mais ...). Vous pouvez avoir des difficultés à identifier la cause à l’origine des blessures/symptomes de la victimes, transmettez alors ce que vous savez sur le contexte, les causes probables… Nous vous demandons seulement de ne pas rapporter les victimes pour lesquelles vous avez bien identifié que la cause est sans rapport avec l’action de maintien de l’ordre et ses conséquences.

Forces de l’ordre

Non. Le travail de l’Observatoire concerne les victimes de l’action de maintien de l’ordre. Les membres des forces de l’ordre, acteurs de l’action de maintien de l’ordre, ne font faire parti du périmètre de ce travail.

Comment faire sur le terrain ?

Comment prendre des notes ?

Nous sommes malheureusement bien placés pour savoir combien il peut être compliqué d’apporter des premiers secours dans un environnement dégradé, alors avoir le temps de prendre des notes des interventions alors que celles ci s’enchaînent parfois beaucoup trop vite… Nous avons recensé plusieures méthodes, vous pouvez choisir celle qui vous convient le mieux, et nous vous encourageons à nous partager vos propres pratiques.

  • Prise de note écrite sur le terrain: Une personne de l’équipe s’occupe de prendre des notes écrites pendant ou après chaque intervention. Elle s’assure auprès de ses équipiers et de la victime d’avoir toutes les informations dont elle a besoin et s’occupe de lui donner la carte.
  • Prise de note vocale sur le terrain: Comme la prise de note écrite, mais à l’oral avec son téléphone. Ce peut être bien plus pratique et rapide, mais il faut veiller à conserver ses enregistrement en sécurité (assurez-vous que votre téléphone est chiffré, et supprimez les enregistrements une fois le bilan mis au propre).
  • Débrief d’équipe le soir: Profiter d’une bière en équipe le soir pour discuter des événements de la journée et recenser les victimes, regroupant les informations à partir des souvenirs de chacun.
  • Débrief d’équipe sur framapad: Créer après la manifestation un pad partagé avec toute l’équipe permettant de recenser les victimes, regroupant les informations à partir des souvenirs et corrections de chacun.

Cependant, il nous faut garder à l’esprit que la sécurité physique et psychologique des victimes auxquelles nous portons assistance (et de nous-même) restent prioritaires. Faisons au mieux et restons prudents !

Peut-on prendre des photos ?

Le consentement éclairé de la victime est indispensable pour une photo de sa blessure. Il ne s’agit pas uniquement de demander son autorisation pour prendre la photo elle-même, mais de l’informer de sa diffusion publique par l’Observatoire, pour laquelle son autorisation est également nécessaire.

Une photo a pour avantage de porter une preuve de plus à la véracité de notre recensement et de rappeler que derrière une liste interminable de victimes, où se succèdent des “plaie à la tête”, “plaie à la jambe”, “hématome aux côtes” il y a des êtres humains, des corps et des esprits meurtris.

Si vous décidez de nous joindre des photos, nous vous remercions de nous préciser à quelles victimes elles correspondent. Nous vous encourageons vivement à prendre des photos anonymes, faites attention aux signes distinctifs tels que des tatouages, piercings, etc. Nous nous chargerons de cadrer et flouter toute photo reçue et non anonyme avant diffusion.

Pourquoi et comment envoyer un bilan ?

Où envoyer son bilan ?

Par formulaire (Framasoft) ou par email (bilan@obs-medics.org). Les anciens liens et adresse email (coordps.fr) fonctionnent toujours et nous redirigent vos bilans.

Qui peut envoyer un bilan ?

Tout intervenant ayant fournis des premiers secours ou porté assistance à des personnes bléssées en manifestation. Vous transmettez à l’Observatoire, pour vous seul ou l’ensemble de votre équipe, votre témoigange relatif aux victimes que vous avez examiné ou pris en charge.

Il est recommandé à chaque “équipe de terrain” d’envoyer directement son bilan, si votre groupe est divisé sur le terrain en plusieurs petites équipes. Celà évite à votre groupe un travail de compilation et permet à l’Observatoire de receuillir votre bilan plus rapidement, de travailler à partir des témoignage de première main et de pouvoir demander des précisios plus facilement.

Quand envoyer un bilan ?

Le plus tôt possible après les faits, ou dès que vous avez réunis auprès de votre équipe les informations demandées, car un témoignage est toujours plus complet et fiable lorsqu’il est retranscrit rapidement. Celà nous permettra aussi, en cas de besoin, de vous contacter pour vous demander des informations complémentaires.

Comment sera utilisé/traité mon bilan ?

Votre témoignage sera intégré au travail de l’Observatoire et sera inclus, après traitement, vérification et anonymisation, au recensement des victimes des violences policières en France. À cette fin, nous pourrons vous recontacter et vous demander des précisions supplémentaires sur les victimes rapportées. Afin de garantir la fiabilité de recensement, nous pourrons également vous demander des informations sur votre équipes si elle n’est pas déjà connue et suivie par l’Observatoire. D’ici là, vous pourrez nous contacter à bilan@obs-medics.org pour apporter des précisions ou modifications.

Notre travail établi un recensement individualisé des victimes de violences policières prises en charge ou examinées par les street-médics et secouristes volontaires en France. Il malheuresement possible que, si une victime ne corresponde pas à ce périmètre ou en cas de manque d’informations, qu’une victime ne soit pas incluse au recensement. Vous en serez bien sûr informés.

Aucune donnée que vous nous transmettrez ne pourra être utilisée à d’autres fins. Vous recevrez un email récapitulatif de votre témoignage.

Les bilans sont-ils toujours traités ?

Oui (mise à jour 23 aout 2021). En ce moment, nous travaillons sur une enquête de long terme portant sur les plus de 2800 victimes recensées à ce jour, à partir des nouveaux bilans reçus et de l’ensemble des bilans précédents. Ce travail nous prend beaucoup de temps, et explique le retard pris dans la publication des rapports. Cependant, les bilans d’aujourd’hui sont toujours reçus, traités et intégrés à cette enquête au fûr et à mesure. Les rapports des derniers évenements seront publiés dès que le calendrier le permet.

Qu’est-ce que l’Observatoire ?

L’Observatoire des Street-médics (ou Observatoire National des Street-médics et Secouristes Volontaires) est une équipe de travail qui réalise depuis deux ans un rensement des victimes des violences policières secourues par les street-médics, dans le but d’apporter une visibilité aux victimes et d’informer sur la réalité et l’ampleure des violences policères dans les manifestations.

Réalisant ce préallable ce travail au sein de la “Coordination”, elle a été chargée par cette dernière de continuer ce travail après sa séparation en mars 2019 sous la forme d’une équipe indépendante, devenu aujourd’hui l’Observatoire.

Durant cette période, elle a publié 38 rapports, recensant près de 2300 victimes prises en charge et 24.000 personnes décontaminées du gaz lacrymogène.